• Back to the 2000’s !!!

    – Le nouveau Mylène Hair ?! C’est quoi, le dernier groupe post-punk new-wave à ma mode ?!
    – Non, je te parle du début du nouveau millénaire, le début des années 2000 ! Je me rappelle de ce jour où avec mon frère, Greggy Rock, on démarchait pour trouver un lieu qui pourrait accueillir l’un de nos premiers concerts avec The Gangsters, un groupe de ska two-tone dans lequel on jouait. On s’était retrouvé ainsi au Greenish Pub. Le taulier nous fait signe de le suivre et on monte chez lui, à l’étage, accompagnés d’un grand type docs et crâne rasé, vêtu d’une Ben Sherman. On file note K7 de répète, au bout de quelques minutes d’écoute le skin fait pour notre plus grand bonheur : « C’est du bon, ça ressemble à Bad Manners !». Le patron acquiesce et nous fera jouer dans son bar : 130 personnes dans le Greenish Pub, un psycho debout sur le billard en train de danser comme s’il était à un concert des Demented are go, une foule d’étudiants venus oubliés leurs derniers partiels et notre trompettiste qui se fait casser une dent par une vague de skankers endiablés qui lui avaient envoyé son instrument dans les ratiches. Niveau business, le patron est aux anges, le tiroir-caisse chante la mélodie du bonheur et, nous, nous avions un mot d’ordre : pas plus de 10 balles l’entrée !
    A la fin du concert le taulier nous fait :
    – Et votre fumigène, c’est marrant, ça dégage pas mal de fumée votre truc !
    – Mais on n’a pas de fumigène !
    – Merde, c’est ma clim’ qui a sauté !
    L’arrière salle, baignant déjà dans des litres de sueur, était en train de dégouliner, détrempée par la fumée de la clim qui avait claqué, se mélangeant à celle engendrée par la clope.

    Toujours avec The Gangsters début 2000 : Au bar Les Z’oreilles, quartier Danton où un type avait payé en filant un billet de 100 francs et une barrette de shit…. A La Cafette concerts de dingues, le patron, un Italien bien vif, était obligé de fliquer avec un bâton, il s’arrachait les rares cheveux qui lui restaient devant ! 200 personnes dans son bordel (si, si on tenait les entrées).
    Plein d’assos ou de particuliers ont organisé des concerts à La Cafette et ont eu le droit à des ambiances de malades. Heu, elle est où la sortie de secours dans la cave ? Je pense que La Cafette ça a été un peu pour tous les kids de cette époque, notre CBGB à nous ! Si, si ! Le Havre de Grâce – New-York City, même combat !

    De même avec The Dodgers au milieu des 2000’s (oui car il y a eu les 80’s, les 90’s et maintenant les 2000’s), on cherchait un endroit pour balancer notre street-punk. On nous parle d’un bar tenu par un rasta, le Kingston. J’arrivais chez le rastafarien avec un magnétophone et une démo k7 et je lui balance, entre deux rhums, un gros punk hardcore en veux-tu en voilà sur son comptoir. Le rasta néophyte en la matière de punk (bien qu’avec son look il aurait pu jouer dans les Bad Brains de NYC) me dit qu’il a justement un groupe de hardcore qui vient jouer son bar, on coïncide les dates. Le jour du concert arrive et on s’aperçoit que le rasta avait accepté deux concerts le même soir. Obliger de hausser le ton pour donner notre légitimité de territoire et de dire aux autres groupes qu’ils joueraient une fois que tous nos groupes prévus auraient joué, nom d’un petit bonhomme !

    Il n’a pas si longtemps, trois quatre ans, dans un bar où on jouait avec Les Enragés, cours de la république, la patronne sortait ses billets de son soutif pour nous payer (durement gagner par les entraîneuses russes !).. Une vraie raya débarquait à chaque fois/ : punk, skins, psycho, rasta, gitans. Denis avait sauté à la gueule d’un type qui avait eu la mauvaise idée de traiter sa femme. Le mec s’était réfugié dans les chiottes et ne voulait pas sortir, une fois sortie le Denis lui avait sauté dessus et un autre mec voulait faire la peau du malotru dans l’arrière cours avec son couteau.

    Voilà petites anecdotes parmi d’autres qui résument bien l’ambiance des années 2000, constance de la fin des années 90’s.

    Mais depuis cinq ans nombre des bars et établissements où se sont organisés des concerts ont fermé : La Cafette (Rip), le Shamrock (Rip), le Greenish Pub (Rip), les Z’oreilles (Rip), le Kingston (Rip), le Duplex (Rip), le Sépia (Rip), l’Agora (Rip), Le Couleur café (Rip)… La liste n’est pas exhaustive ! Une pensée émue également pour les locaux de répétition du Fort de Tourneville (Rip) où ont commencé et répété un grand nombre de groupes. Et une certaine nostalgie pour les séances d’affichage nocturne, avec le seau de colle dégoulinante dans la mano, les affiches froissées dans l’autre et un lascar pas trop imbibé pour balancer un « 22 vl’a les flics ! » pendant un affichage sauvage. Ça c’est histoire de ne pas se retrouver comme Greggy Rock que les flics avaient fait chiez pour qu’il retire toutes les affiches qu’il avait collées un soir pour un concert de funk-rock des John Paul Frankies ! Ouais c’était pas des flics super funky boostés au Bootsy Collins.

    Par contre, ce qui est sûr c’est qu’ici, tout rockeur havrais est boosté au BB-RR : Bière, Bétume & Rock & Roll ! C’est ça Le Havre !

    • Pierre Léveillard (The Gangsters / The Dodgers / Les Enragés …)